Le désir d'Orient a parfois amené certains orientalistes à une conversion à l'islâm, même de nos jours. On voit par exemple un des fondateurs de l'ensemble musical al-Kindi, Julien Weiss, se convertir à l'islam et être renommé pour l'occasion Jalâl ad-Dîn, en hommage au sufî Rûmî. Le hasard fait bien les choses, puisque ledit Muhammad Asad, avant d'arborer un tel nom, s'appellait Leopold... Weiss ! Quoi qu'il en soit, son parcours semble avoir intéressé une chercheuse, Florence Heymann, qui publie conjointement une biographie du personnage et ses carnets de voyage.

La vie de Muhammad Asad est remarquable sur bien des points: il fut non seulement un bon connaisseur de l'islâm, maniant fort bien l'arabe (il a été traducteur du Qur'ân, et auteur de nombreux ouvrages sur l'islâm et ses sources), mais il fut aussi un des hommes à l'origine du Pakistan, province de l'Inde devenue le refuge des musulmans de ce pays. L'histoire de Leopold Weiss, c'est l'histoire d'une dévotion totale à la cause de l'islâm et aux musulmans. C'est aussi une histoire fascinante: un journaliste autrichien qui abandonne ses attaches européennes pour se consacrer à ses convictions, dans une époque mouvementée (l'entre deux guerres).
A n'en pas douter, il fut un des alliés de valeur de l'islâm, dont la conversion est un enrichissement pour les musulmans et les non-musulmans. Les musulmans peuvent d'ailleurs mieux connaître cet homme hors du commun par son livre, Le chemin de la Mecque, qui est une lecture appréciée des musulmans.

Leopold Weiss est un personnage fascinant tant pour les musulmans, qui apprécient son engagement et sa conversion sincère, que pour les non-musulmans, pour lesquels il représente l'idéal de l'orientaliste, malgré sa vision claire et rationnelle des évènements du monde islâmique. A ce titre, ce n'est pas un orientaliste de plus, mais c'est un homme d'action, qui met en pratique ses convictions et ses principes en tant qu'homme politique, qu'ambassadeur du Pakistan à l'ONU. En cela, il a été bien plus qu'un simple amoureux de l'Orient ou un chercheur charmé par son objet d'étude. Tout cela rend sa conversion bien plus intéressante, et en fait un personnage atypique, ce qui devrait inciter quiconque à se pencher sur l'histoire de cet homme.
- Un Juif pour l'islam, Florence Heymann, Stock, 21,5 €
- Un Proche-Orient sans romantisme: Journal de voyage, Léopold Weiss, traduit par Florence Heymann, CNRS, 19€
- Le Chemin de la Mecque, Muhammad Asad, Fayard, 23€